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Long métrage · fictionDossier de présentation

Le Chevreuil sans Tête

un film de Martine Doyen

Film noir rural · ghost story · conte politique
Librement inspiré d'une histoire vraie · d'après le journal filmé Géographie du fantôme

Résumé

Les fantômes n'habitent pas
les lieux. Ils habitent les corps.

Recueilli à la Pointerie suite à une chute, Angel, vagabond médium, se voit confier la mission de vider la maison d'un mort en échange de soins, du gîte et du couvert.

Peu à peu, il se laisse posséder par le spectre qui hante le lieu, révèle la malédiction bien vivante qui pourrit tout depuis des décennies, et accomplit le geste de rupture que les fantômes n'ont jamais pu mener à terme.

Du réel à la fiction

Genèse

Le film est né d'un lieu réel : un ancien domaine industriel en Bourgogne, au bord de l'eau, que j'ai filmé, habité, écouté.

De ce séjour est né un journal filmé, Géographie du fantôme, soutenu par le FilmLab. À force d'observer les ruines, les habitants et les carnets d'un défunt au passé trouble, un personnage s'est imposé : Angel. La fiction a pris le relais du réel.

Voir Géographie du fantôme en ligne : geographiedufantome.com

Note d'intention

Le cinéma, pour moi, est toujours une affaire de fantômes. Derrida disait qu'il est l'art de les faire revenir : filmer, c'est enregistrer des corps qui continueront d'apparaître quand ils ne seront plus là. Ça m'a toujours paru évident dès mes premiers tours de manivelle, ça l'est encore plus quand je revois mes films passés. Les miens ou ceux des autres. C'est vertigineux parfois. Le cinéma est un art spectral. Le Chevreuil sans Tête ne fait qu'en tirer les conséquences.

Ici, le spectre n'est pas une apparition effrayante : il est mémoire, héritage, parole enfouie. Il circule, infiltre les gestes des vivants, ressurgit dans les corps. Il transforme un marginal en acteur d'un récit ancien qui cherche à se rejouer.

La Pointerie, ancienne usine en Bourgogne, est un lieu chargé d'histoire ouvrière, que l'on tente aujourd'hui de faire renaître en espace collectif. Mais le passé résiste. Angel est une figure benjaminienne, proche de l'ange de l'histoire : fasciné par les ruines, projeté malgré lui vers l'avenir. Il ne traverse pas seulement le monde, il l'absorbe — et devient le point de passage d'une mémoire qui refuse de disparaître, révélant que l'histoire ne cesse de se rejouer dans les corps, dans les rapports de domination, dans les silences.

La Pointerie est un champ de bataille. Laura tente d'en préserver une vision collective, écologique et sociale. Face à elle, Charlie incarne un capitalisme opportuniste, soutenu par Philippe, maire du village et figure d'un pouvoir patriarcal prédateur. Ce conflit incarne un enjeu contemporain : la lutte entre commun et accaparement. Angel, étranger à ces logiques, agit comme un révélateur. Par sa fragilité et sa lucidité, il ouvre la possibilité d'une rupture — que Laura, seule, finira par accomplir devant le village rassemblé. C'est elle qui gagne la bataille sociale ; à Angel revient un autre geste.

La mise en scène sera immersive, organique. La Pointerie devra respirer, vibrer, habiter l'image. La caméra suivra Angel au plus près, attentive à ses gestes et à ses silences. La lumière, le plus souvent naturelle, glissera aux moments clés vers une étrangeté presque imperceptible. Le fantastique naîtra toujours d'une tension intérieure, jamais d'un effet. Et cette noirceur sera traversée d'un humour discret : par son décalage et sa naïveté, Angel introduit une tendresse burlesque qui fait surgir la poésie au cœur du tragique.

Le geste final — tirer sur l'horloge de la mairie — s'inscrit dans une tradition réelle : en juillet 1830, des insurgés ont tiré sur les horloges publiques pour arrêter le temps des maîtres. C'est l'image que Walter Benjamin place au cœur de ses thèses Sur le concept d'histoire, et qui irrigue tout mon film. Ce coup de feu n'est pas un acte de destruction, mais une tentative d'interruption : rompre le temps linéaire des dominations, ouvrir une brèche où un autre avenir devient pensable. Angel l'accomplit en mémoire de Mauro ; son t-shirt Fuck the Clock, trouvé au hasard du glanage, rejoint alors le poème de Mauro sur les insurgés de 1830. Puis il s'efface comme il est arrivé, et disparaît dans les corps et la mémoire de ceux qu'il laisse.

Genre. Le Chevreuil sans Tête se situe à la lisière des genres : film noir rural traversé d'une tension psychologique et sociale, ghost story singulière où le fantastique ne surgit jamais comme un effet mais comme une contamination du réel. Il ne s'agit pas de faire basculer le spectateur dans un autre monde, mais de révéler celui-ci dans toute son opacité, jusqu'à ce que le réel lui-même devienne incertain.

Librement inspiré d'une histoire vraie

Synopsis

Après une chute qui le laisse à peine capable de marcher, Angel, vagabond insaisissable qui se dit médium, est recueilli à la Pointerie, ancien domaine industriel bourguignon en bord de Seine, dont la vieille turbine tourne encore. Le domaine a été racheté par Laura, hydrologue idéaliste qui rêve d'en faire un espace collectif ouvert au village. En échange du gîte, Angel doit vider la maison du dernier propriétaire, Mauro Russo.

Homme à tout faire italien, Mauro avait hérité du domaine de sa patronne et maîtresse, Béatrice Durand, avant de le léguer à l'évêché pour le soustraire à l'appétit de Philippe, maire du village et père de Laura — patriarche corrompu qui empoisonne le pays depuis des décennies et convoite la Pointerie sous couvert d'un projet de réserve d'eau écologique, en réalité spéculatif. Mauro, lui, avait longtemps été soupçonné à tort d'avoir poussé le mari de Béatrice dans la turbine, et en était mort seul et paranoïaque.

En dormant dans son lit, en triant ses vêtements et ses carnets intimes, Angel découvre qui était cet homme : sa voix, ses gestes, ses délires, sa haine de Philippe. L'histoire s'infiltre en lui. Il se glisse dans ses habits puis dans sa peau, en proie à des visions, et se sent investi d'une mission qu'il ne comprend pas encore — protéger Laura, « sa bienfaitrice », comme Mauro protégeait Béatrice.

Car Laura vit sous l'emprise de Charlie, son mari, architecte raté rongé par la drogue, lui-même sous la coupe de Philippe et de sa maîtresse Mila, femme d'affaires cynique. Tous trois la poussent à bout pour qu'elle cède le domaine. Laura se rapproche d'Angel, seul à deviner ce qu'elle endure. Fou de jalousie, Charlie la violente puis, la croyant morte, se jette dans la turbine ; Angel tente en vain de le sauver. Le drame rejoue exactement la noyade d'autrefois. La spirale se répète, génération après génération.

Soupçonné à son tour, assigné à résidence, Angel s'installe chez Laura — et prend peu à peu la place de Charlie, comme un acteur change de rôle : vêtements, démarche, voix, jusqu'à devenir méconnaissable. Manipulé par Mila et Philippe, puis humilié publiquement par ce dernier, il finit par imploser. Laura, à bout, le renvoie terminer son travail chez Mauro. Là, débarrassé de Charlie, c'est le spectre de Mauro qui reprend possession de lui — et l'on comprend que c'est peut-être lui qui tenait les commandes depuis le premier jour.

Sous une latte du plancher, Angel découvre une carabine et un attaché-case scellé : les preuves des manœuvres de Philippe, et des photographies anciennes ultra compromettantes. Il confie la valise à Laura, qui met des jours à trouver le courage de l'ouvrir — d'autant qu'elle vient d'annoncer publiquement son intention de vendre la Pointerie à son père, trahissant ainsi la volonté de sa mère, qui lui avait légué les moyens de l'en empêcher. Lorsqu'elle ouvre enfin la valise et mesure l'ampleur de la manœuvre, elle envoie à Philippe la preuve de sa chute. Pris de panique, il organise sa fuite avec Mila.

Le soir du carnaval, Angel surgit et tire dans l'horloge de la mairie, qui vole en éclats : le geste que Mauro n'avait jamais su mener à terme. Le temps des dominations suspendu, Laura prend la parole : elle restera pour faire enfin de la Pointerie un lieu commun et partagé. La fête explose. Angel disparaît dans la nuit comme il est arrivé.

Personnages & distribution

Les deux visages du film

Angel
Angel
Pierre Nisse
Confirmé

Vagabond insaisissable, la trentaine, qui se dit médium. Hypersensible, drôle, sans attaches ni passé clairement défini. Éponge et caméléon, il absorbe peu à peu l'identité des morts qui l'entourent, jusqu'à s'y perdre lui-même. Révélateur des failles de chacun par sa présence décalée, et réceptacle d'une mémoire qui le dépasse. On ne sait jamais s'il est réellement médium ou simplement halluciné.

Pierre Nisse a directement inspiré l'écriture et la caractérisation du personnage.

Laura
Laura
Lucie Debay
Pressentie

Hydrologue idéaliste, la quarantaine, propriétaire de la Pointerie qu'elle a rachetée pour en faire un lieu collectif ouvert au village. Héritière d'une lignée féminine qui, de génération en génération, tente de soustraire le domaine à l'appétit des hommes. Élevée sous l'emprise d'un père manipulateur, elle en reproduit le schéma dans son couple — avant de s'en affranchir et de reprendre la main sur son domaine et sur sa vie.

Le reste de la distribution est en cours.

Ambiance

La Pointerie

Le domaine réel : ses ruines, son eau, sa turbine, et la vie collective qui l'habite aujourd'hui.

La cour de la Pointerie
La cour, depuis la maison de Mauro
Le ciré de Mauro
Le ciré de Mauro
Objet · pièce maîtresse
Le vêtement du mort, accroché à la porte. C'est en ciré que Mauro traverse la rivière dans la vision d'Angel — l'objet par lequel le fantôme revient dans les corps.
Le portrait de Béatrice Durand
Le portrait de Béatrice Durand
À partir d'un portrait · la lignée féminine du film
Un visage de femme flottant au-dessus des montagnes et de l'eau, trouvé sur place. Béatrice n'apparaît que sous forme de portrait et de présence spectrale — l'origine de la lignée dont Laura est l'héritière.

L'ensemble des photographies de repérage est consultable en ligne :
spinachproda6e3.myportfolio.com
Int. usine · Ext. Pointerie · Natures mortes · Ext. carrière

Références visuelles

Direction artistique

Une mise en scène immersive et organique, où la lumière glisse du réalisme vers une étrangeté presque imperceptible. Les images ci-dessous fixent une atmosphère — elles ne sont pas les plans du film.

La rivière
Référence · ambiance
Dorothea Tanning
Référence · une apparition étrange
La spirale
Référence · Vertigo, A. Hitchcock
La nuit, le spectral
Référence · ambiance

Fiche projet

Titre
Le Chevreuil sans Tête
Format
Long métrage de fiction
Genre
Film noir rural · ghost story · conte politique
Scénario & réalisation
Martine Doyen
Origine
Librement inspiré d'une histoire vraie · d'après le journal filmé Géographie du fantôme (soutenu par le FilmLab)
État
Aide à l'écriture obtenue · continuité dialoguée achevée, revue et corrigée · prêt pour le développement
Production
Recherche d'un producteur · coproduction Belgique / France envisagée
Contact
martine.doyen@gmail.com · +32 473 292 465

La réalisatrice

Martine Doyen

Cinéaste et artiste visuelle belge. Ses quatre courts métrages sont primés dans de nombreux festivals, dont un Grand Prix à Clermont-Ferrand. Son premier long métrage, Komma (avec Arno), est sélectionné à la Semaine de la Critique du Festival de Cannes (2006). Suivent Tomorrow et HAMSTERs (IFFR Rotterdam, 2017), puis Witz (2019). Elle mène depuis 2023 le journal filmé Géographie du fantôme, dont Le Chevreuil sans Tête est la continuation, et accompagne l'écriture de scénarios comme consultante et script-doctor.

martinedoyen.com